Le 12 octobre 2026, une deuxième journée du cycle d’ateliers « Les énergies renouvelables à l’épreuve des territoires » s’est tenue à Guingamp-Paimpol Agglomération. Chercheurs, élus, représentants des collectivités et acteurs de l’énergie se sont réunis pour réfléchir aux conditions d’une coopération durable autour des projets d’énergies renouvelables et au partage de leurs retombées locales.
Comment faire émerger des projets d’énergies renouvelables qui prennent en compte les attentes des habitants et les spécificités des territoires ? C’est la question au cœur de cette journée d’études, intitulée « Mettre en récit les coopérations réussies », animée par Anne Chevrel, maîtresse de conférences à Sciences Po Rennes. Organisée dans le prolongement d’un premier atelier à Loudéac, cette deuxième rencontre a permis de revenir sur les difficultés rencontrées par les territoires, d’identifier des leviers d’action et de mettre en discussion différentes expériences de coopération.
Construire des projets avec les territoires
Les échanges ont rappelé que les projets d’énergies renouvelables ne se résument pas à des questions techniques. Ils engagent également des paysages, des usages, des attachements locaux et des responsabilités politiques. Dans les territoires déjà concernés par le développement de l’éolien, la question de la saturation paysagère se conjugue ainsi avec les préoccupations relatives au cadre de vie, à la biodiversité, aux conflits d’usages ou encore à la transparence des décisions.
Les participants ont notamment souligné les difficultés liées au manque d’information, à la répartition des responsabilités entre les acteurs et au sentiment que les retombées des projets ne bénéficient pas suffisamment aux territoires qui les accueillent.
Face à ces constats, plusieurs pistes ont été discutées : renforcer la concertation dès les premières étapes, rendre les décisions plus transparentes, développer les partenariats entre opérateurs et acteurs locaux et inscrire les projets dans une réflexion plus large à l’échelle du territoire.
L’enjeu est de dépasser une approche dans laquelle les communes se retrouvent seules face aux projets, pour favoriser une coopération entre les différents niveaux de collectivités et les acteurs concernés.
Partager la valeur créée par les projets
La matinée a également été consacrée au partage de la valeur et aux retombées locales des projets d’énergies renouvelables. La table ronde a réuni Florent Epiard, directeur du groupe IEL, Jean-Marc Labbé, de l’ALEC du pays de Saint-Brieuc, Christian Prigent, élu local et communautaire, Julien Riou, des Générateurs, et Pierre Wokuri, professeur à Sciences Po Rennes.
Les échanges ont permis de distinguer plusieurs formes de retombées : les recettes fiscales, les loyers, les emplois liés aux chantiers, les activités de maintenance ou encore les revenus associés à la propriété des installations. À ces flux économiques s’ajoutent des retombées moins directement quantifiables, comme la montée en compétence des collectivités, l’implication des habitants et la capacité à faire de l’énergie un sujet de réflexion collective.
Le partage de la valeur recouvre ainsi deux dimensions complémentaires : l’une procédurale, qui concerne les modalités de décision et l’association des acteurs au projet, l’autre distributive, qui porte sur la répartition des retombées entre les bénéficiaires.
Un point a particulièrement retenu l’attention : la nécessité de rendre le bilan des projets lisible pour les territoires. Comprendre les coûts, les flux financiers, les bénéficiaires et l’affectation des recettes constitue une condition importante pour discuter de la répartition de la valeur créée.
Au-delà du montant des retombées, leur partage soulève ainsi une question de gouvernance : qui participe aux décisions, à quel moment et selon quelles modalités ? La recherche d’une répartition jugée juste suppose de mettre ces questions en discussion dès la conception des projets puisque si les retombées sont claires, les projets sont mieux acceptés.
Les échanges avec la salle ont prolongé ces réflexions, notamment sur la place des habitants dans la gouvernance des projets. Leur implication dès les premières étapes a été soulignée, tout comme la nécessité de distinguer la participation au financement d’un projet de la participation aux décisions. Les discussions ont également porté sur les zones d’accélération des énergies renouvelables et sur l’échelle pertinente pour planifier leur développement.
En conclusion, les participants ont rappelé l’importance de renforcer le dialogue et la pédagogie, de partager les choix de scénarios et d’adapter les formes de coopération aux spécificités de chaque territoire. Ces démarches doivent toutefois s’inscrire dans l’objectif qui fonde le développement des énergies renouvelables : réduire les émissions de CO₂. La planification territoriale et une meilleure articulation entre les projets apparaissent ainsi comme des enjeux complémentaires.
Faire de la coopération un levier d’action
L’après-midi, un atelier collectif consacré à un territoire pilote a permis de prolonger ces réflexions à partir d’un cas concret. L'objectif était d'identifier les conditions nécessaires à la réalisation d'un projet éolien dans la durée : rôles des acteurs, étapes clés, points de vigilance, marges de négociation et leviers de coopération.
Les restitutions ont fait émerger plusieurs priorités : élargir la gouvernance, renforcer la concertation, améliorer la transparence sur la répartition de la valeur et construire un récit davantage ancré dans les réalités du territoire.
Les participants ont également insisté sur l’intérêt de démarches permettant de mieux comprendre les perceptions et les attachements locaux, notamment par des rencontres sur site et des balades citoyennes. Ces approches invitent à prendre en compte la diversité des situations plutôt qu’à rechercher une méthode unique, applicable à tous les territoires.
La question de la place des opposants aux projets a enfin été soulevée : mieux comprendre les désaccords et ouvrir des espaces de dialogue apparaissent comme des conditions à approfondir pour construire des coopérations plus inclusives.
Un travail collectif à poursuivre
Cette deuxième journée du cycle a permis de mettre en commun des expériences, de confronter des points de vue et de dégager des pistes de travail pour les territoires engagés dans la transition énergétique.
Elle souligne une conviction partagée au fil des échanges : la réussite d’un projet d’énergie renouvelable ne dépend pas uniquement de sa faisabilité technique. Elle repose aussi sur la qualité du dialogue, la clarté des décisions, la prise en compte des réalités locales et les modalités de partage de la valeur.
La clôture a ouvert des perspectives pour la suite du travail collectif, notamment autour d’un nouveau partenariat avec la Direction départementale des territoires et de la mer des Côtes-d’Armor (DDTM 22), consacré au photovoltaïque.