Festival Made in China : retour sur les origines de l’anthropologie visuelle chinoise

Ce séminaire, animé par Florent Villard, professeur en études chinoises à Sciences Po Rennes, prenait la forme d’une carte blanche confiée à Raphaël Louvet, anthropologue et enseignant à l’EHESS. Il s’inscrivait dans le cadre de Made in China, le rendez-vous de cinéma documentaire des cultures chinoises, qui occupait l’Arvor du 7 au 11 octobre 2026.

© Comptoir du Doc

Une frontière sous l’objectif

Le point de départ est historique. Depuis le début du XXe siècle, photographes et cinéastes chinois parcourent la frontière sino-tibétaine pour documenter les modes de vie des populations qui y résident. Leur démarche se veut résolument anti-impérialiste : il s’agit de se réapproprier un discours visuel longtemps monopolisé par les puissances occidentales, dont les explorateurs, missionnaires et ethnologues avaient fait de ces régions un théâtre d’exotisme et de conquête savante.

Mais ce geste de réappropriation, a rappelé Raphaël Louvet, n’est pas aussi limpide qu’il y paraît. Il soulève plusieurs paradoxes. À quoi répond, au fond, le besoin de produire ces images ? Sont-elles si différentes de celles qui les précédaient ? Dans quelles conditions ont-elles été réalisées ? Qui les finance, et qui les regarde ? Autant de questions qui déplacent le débat : changer de photographe ne suffit pas nécessairement à changer de regard.

La vie sociale des images

La méthode proposée consiste à suivre ce que l’on pourrait appeler la « vie sociale » de ces clichés et de ces films : leur fabrication, leur circulation, leurs commanditaires, leurs publics. Ce faisant, le séminaire a mis en lumière ce que l’intervenant désigne comme leur « étrange familiarité » : des images produites contre le regard colonial, mais qui en reprennent parfois les cadrages, les codes et les attentes.

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De chercheur à cinéaste

Le parcours de Raphaël Louvet éclaire la démarche. Ses travaux portent sur les pratiques d’enquête de terrain dans les régions frontalières de l’Ouest chinois et sur la construction des altérités culturelles et sociales à la lumière de l’histoire coloniale globale. Il travaille actuellement à un court métrage consacré aux mémoires de la révolte paysanne des Taiping dans le Guangxi, soulevant la question de la transmission des événements historiques par l’image et par le récit.

Apprendre à regarder

Pour les étudiants présents, le séminaire offrait un prolongement concret des enseignements d’études chinoises et de sciences sociales : un exercice visuel où il s’agit moins de juger les images que d’en interroger les conditions de production. Dans un monde saturé de représentations, la leçon dépasse largement le cas chinois.

En associant recherche, cinéma et ouverture internationale, cette carte blanche était l'occasion de faire de la salle de projection un lieu où l’on apprend aussi à décentrer son propre regard.