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Programme de recherche-action : portrait de Brice Normand

Après deux premiers portraits consacrés à des élus locaux, cette nouvelle rencontre donne la parole à un autre acteur directement impliqué dans le développement des énergies renouvelables : Brice Normand, dirigeant de Ouest Am', bureau d’études spécialisé dans l’aménagement du territoire et notamment dans les études liées aux énergies renouvelables.

Au-delà des désaccords exprimés dans l’espace public, Brice Normand présente le travail plus discret qui consiste à produire, actualiser et traduire les connaissances scientifiques pour éclairer les projets. Une position d’interface, entre l’expertise technique, la réglementation et les attentes des différents acteurs et actrices.   

De naturaliste à dirigeant : construire une expertise sur les énergies renouvelables

Dirigeant de Ouest Am’ depuis six ans, Brice Normand commence sa carrière comme naturaliste, chargé d’études botaniste et chiroptérologue (spécialiste de l’étude et de la protection des chauves-souris). Après avoir été responsable d’équipe dans le secteur de l’expertise, il dirige aujourd’hui l’entreprise et préside son conseil d’administration, tout en pilotant son pôle « suivi éolien » et « RetD ».

Son intérêt pour les énergies renouvelables s’est développé il y a plus de dix ans, à partir d’un constat : certaines questions liées aux impacts des projets éoliens restaient sans réponse alors même que les études réglementaires devaient être réalisées. Pour y répondre, il a contribué au développement d’une activité de recherche au sein de Ouest Am’, notamment sur les impacts des énergies renouvelables sur la faune volante.

Cette activité de recherche a permis d’apporter de nouvelles réponses, mais aussi de faire émerger de nouvelles questions. Elle a ainsi contribué au développement de plusieurs champs d’intervention de l’entreprise, notamment dans le domaine de la recherche et développement, du suivi éolien et de l’étude des impacts des énergies renouvelables sur la biodiversité.

Son rôle est donc de développer les activités de l'entreprise, de répondre à des questions techniques et scientifiques, et d'apporter ces réponses à leur bureau d'études ainsi qu’à l’UPGE, l’Union professionnelle du génie écologique, au sein duquel il préside également un groupe de travail.   

Des controverses publiques aux questions techniques

Les controverses autour de l’éolien sont nombreuses et reviennent régulièrement dans le débat public. Elles portent notamment sur les paysages, les besoins réels en électrification ou encore les impacts sur la biodiversité. Sur ce dernier point, Brice Normand observe que la question reste davantage portée par les experts et les associations de protection de la nature que par le grand public, contrairement aux enjeux paysagers, au bruit ou à la proximité des installations.

Mais ces controverses publiques ne constituent pas le cœur de son activité. Ce qui l’intéresse davantage, en tant que bureau d’études, est de pouvoir apporter des réponses aux questions qui n’en ont pas encore.

Une grande partie du travail consiste ainsi à répondre aux interrogations des services instructeurs et des différents organismes chargés d’évaluer la qualité des dossiers : pertinence des inventaires, analyse des enjeux, mesures proposées ou encore prise en compte des connaissances scientifiques disponibles.

Cette activité suppose de composer avec un décalage entre le rythme de la recherche et celui de la réglementation. Les connaissances scientifiques évoluent, tandis que les recommandations techniques et les cadres réglementaires qui en découlent nécessitent davantage de temps pour être actualisés. Le rôle du bureau d’études consiste donc à intégrer les avancées scientifiques disponibles, tout en appliquant les réglementations et les guides régionaux et nationaux en vigueur.

Sur le terrain, cette évolution des connaissances peut avoir des conséquences très concrètes. Les travaux sur les impacts des éoliennes sur les oiseaux et les chauves-souris peuvent par exemple conduire à modifier la configuration d’un projet, à renforcer certaines mesures ou encore à affiner les dispositifs de bridage des éoliennes. L’objectif est de limiter autant que possible les impacts sur la biodiversité, selon le principe de la séquence « éviter, réduire, compenser ».

La recherche de nouvelles connaissances permet ainsi d’intervenir sur des dimensions très techniques des projets, là où subsistent des incertitudes ou des désaccords. Les controverses publiques peuvent être considérées comme la partie visible de l’iceberg : en dessous, de nombreuses questions se jouent entre acteurs de l’expertise, autour des méthodes, des données scientifiques et de l’évolution des pratiques.  

Quand les sciences sociales ouvrent un autre regard sur les projets

C’est aussi dans cette perspective que les ateliers organisés par Sciences Po Rennes apportent un éclairage différent à son activité. Invité au premier atelier notamment en raison de son expertise sur la biodiversité, Brice Normand y a découvert une approche qu’il mobilise moins directement dans son travail : celle des sciences sociales et, en particulier, l’étude de l’acceptabilité des projets d’énergies renouvelables dans les territoires.

Cette dimension vient compléter les approches habituellement mobilisées dans les études d’impact, davantage centrées sur la biodiversité, le paysage, le bruit, l’agriculture, les sols, l’eau ou encore la réglementation. La perception des habitants, leur compréhension du projet et leurs attentes interviennent souvent plus tard dans le processus, notamment au moment des consultations publiques, alors que l’étude d’impact a généralement déjà été réalisée.

L’atelier lui a ainsi permis de découvrir une autre manière d’aborder les controverses, à travers notamment la présentation de résultats d’enquêtes sur l’acceptabilité sociale des énergies renouvelables. Il souligne également l’intérêt des échanges avec les représentants des collectivités, qui lui ont permis de mieux comprendre la manière dont celles-ci envisagent aujourd’hui le développement des énergies renouvelables et les retombées qu’elles peuvent en attendre pour leur territoire.

Pour Brice Normand, ces échanges montrent l’intérêt de croiser des expertises qui ne se rencontrent pas toujours dans le cadre des études techniques. Un croisement qui permet d’élargir la compréhension des controverses et, peut-être, de mieux appréhender les conditions dans lesquelles les projets d’énergies renouvelables peuvent trouver leur place dans les territoires.