Chaire ECODETER

Retour sur la conférence "Énergie et inégalités, une histoire politique" avec Lucas Chancel.

02/02/2026 15:41

Lundi 26 janvier, l’association RévolVert a organisé à Sciences Po Rennes une conférence avec Lucas Chancel, économiste, professeur à Sciences Po et codirecteur du laboratoire sur les inégalités mondiales à l’Ecole d’économie de Paris. A partir de son dernier ouvrage Energie et inégalités, une histoire politique, il a proposé au public une lecture profondément politique des enjeux énergétiques contemporains, en se basant sur l’histoire, l’économie politique et la sociologie de l’énergie.

La conférence est partie de l’idée centrale selon laquelle l’énergie ne peut être réduite à une réalité technique. A partir de l’histoire de la révolution industrielle notamment, il a montré aux étudiantes et étudiants que l’accès, la propriété et les usages de l’énergie participent directement à la production des inégalités de richesse. Comme dans son ouvrage, il a démontré que les systèmes énergétiques influencent la répartition des ressources autant qu’ils en sont le reflet. Les inégalités de richesse façonnent les niveaux de consommation d’énergie, tandis que l’organisation même de la production énergétique peut renforcer ou atténuer ces écarts.

Lucas Chancel rappelle qu’au cours du XXᵉ siècle, de nombreux pays sont passés d’une production électrique quasi exclusivement privée à une production majoritairement publique, avec des effets importants sur l’accès à l’énergie et les inégalités sociales. Le cas français est emblématique à cet égard, 2026 marquant le 80ᵉ anniversaire de la nationalisation d’EDF-GDF.

La transition énergétique constitue aujourd’hui un nouveau terrain de conflictualité. Lucas Chancel interroge les risques d’une décarbonation captée par les acteurs disposant déjà du capital financier, technologique et industriel, au détriment des objectifs de justice sociale et d’autonomie collective. Il alerte également sur les dépendances géopolitiques liées aux brevets, aux chaînes de valeur et aux nouvelles formes de domination énergétique. À l’inverse, certaines expériences de démocratie participative, notamment en Espagne, montrent que la transition peut aussi s’appuyer sur des formes de propriété collective et citoyenne des infrastructures énergétiques.

Enfin, Lucas Chancel insiste sur le lien étroit entre sobriété énergétique et justice sociale. La réduction nécessaire de la consommation de matière et d’énergie ne peut être envisagée sans prendre en compte la répartition des richesses. Une sobriété qui pèserait principalement sur les plus précaires serait socialement et politiquement insoutenable. Repenser les systèmes énergétiques au XXIᵉ siècle implique donc d’articuler transition écologique, inégalités sociales et choix démocratiques, à l’échelle nationale comme européenne.

Les échanges avec le public ont confirmé l’importance croissante de la sociologie de l’énergie pour comprendre les transformations en cours, ainsi que les enjeux de compétitivité, de souveraineté et de dépendance dans un contexte de transition énergétique mondiale.