Conférence : Peut-on encore sauver le Pacte vert ?

18/02/2026 15:25

Alan Hervé, professeur à Sciences Po Rennes, directeur de la chaire européenne Jean Monnet et Antoine Oger, directeur exécutif à l'Institut européen pour les politiques environnementales (IEEP), ont donné une conférence sur l'avenir du Pacte vert européen. Celle-ci s’est déroulée à la faculté de droit et de science politique de l'Université de Rennes, avec Kenza Teffahi, doctorante à l’IODE, pour la modération. Cet échange s’inscrit dans le cycle des rendez-vous d’Europe, organisés du 9 au 13 février 2026. 

Alan Hervé est d’abord revenu sur les origines du « green deal », plus communément appelé le Pacte vert en France. Les prémices des politiques européennes de l’environnement remontent selon lui au milieu des années 1970, à travers la naissance de multiples directives dédiées. Le pacte, quant à lui, a vu le jour en 2019. Il s’est construit autour d’un programme politique, celui d’Ursula von der Leyen au moment des élections européennes, afin de rallier à son projet diverses forces politiques, tels que les partis écologistes.

Le professeur de Sciences Po Rennes estime que l’établissement d’un programme rationalisé, avec une liste de mesures à mettre en oeuvre représentait alors un changement majeur au moment de l’instauration de ce pacte. Par ailleurs, il note que le plan, à travers sa dénomination, sous-entend l’idée d’un contrat passé. Or, il constate dès le départ une très faible implication des citoyens européens dans le processus.

Alan Hervé a également souligné la densité de l’agenda législatif du Pacte vert. Il constate que l’adoption de toute mesure de l’Union se fait désormais sous ce prisme environnemental. Aussi, il loue la vision de long terme qui entoure ces politiques, qui ont été mises en place malgré les deux crises majeures que le continent à traversé (Covid 19 et invasion russe en Ukraine).

Cependant, certaines ambitions du projet ont été réduites voire même abandonnées. Le pacte connaît en effet des régressions depuis début 2024, face notamment à la colère des agriculteurs, au renforcement des tensions internationales et aux résultats des élections européennes de 2024.

Antoine Oger est alors revenu sur la signification politique de ces élections, qui ont entrainé un recul des forces pro-environnement et une hausse des élus d’extrême-droite au sein du Parlement européen. Il constate que ces derniers ont développé une forte capacité d’influer sur le travail législatif et de détricoter les mesures environnementales antérieures, grâce à la possibilité de former une majorité alternative avec la droite traditionnelle européenne.

Cette déconstruction s’effectue à travers les directives Omnibus, qui permettent aux institutions de l’Union de reprendre des dispositions existantes similaires, pour les harmoniser et les simplifier. Or, d’après les intervenants, l’ouverture à la simplification qui était initialement pertinente, a laissé place à la possibilité de revenir sur toutes les dispositions pour les vider de leur contenu. Cela mène à une dérèglementation politique contreproductive.

Toutefois, Antoine Oger est plutôt optimiste sur l’avenir du Pacte vert puisqu’il estime que ce dernier est avant tout un pacte de sureté. Il évoque notamment les entreprises qui sont impactées par les effets du réchauffement climatique et constatent chaque jour la nécessité de se tourner vers les énergies renouvelables pour des questions de souveraineté, dans un contexte géopolitique de plus en plus incertain.

De surcroît, il s’agit d’un enjeu social puisque les énergies vertes permettront une réduction des coûts. En somme, il affirme que les gouvernants, quelle que soit leur couleur politique, n’auront pas le choix de se tourner vers des mesures environnementales.

La conférence s’est achevée par un temps d’échange avec le public, portant entre autres sur les problèmes de communication entre la Commission et les citoyens, la souveraineté industrielle, la décroissance et la dépendance européenne à l'égard de la Chine.