Portrait réalisé dans le cadre du programme de recherche-action intitulé "Les énergies renouvelables à l’épreuve des territoires" en partenariat avec la chaire TMAP de Sciences Po Rennes et la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) des Côtes-d’Armor.
À Guerlédan, le développement de l’éolien a fait émerger une controverse qui s’inscrit dans le temps long. Depuis le lancement des premiers projets en 2016, élus et opposants se côtoient au fil des enquêtes publiques, des recours administratifs et des débats municipaux. Comment une collectivité fait-elle face à une contestation qui peut retarder un projet qu’elle souhaite mener pendant plusieurs années ? Et comment préserver les conditions d’un dialogue démocratique lorsque les positions semblent parfois irréconciliables ? Après Sandra Le Nouvel et Xavier Hamon, c’est au tour d’Éric Le Boudec, maire de Guerlédan, et de Josette Coz, élue de la commune, de revenir sur cette expérience et sur les enseignements qu’ils tirent des échanges menés dans le cadre du programme de la chaire TMAP.
Deux élus face aux enjeux énergétiques de leur territoire
Avec la mise en service, en 2016, du centre de raccordement de Mur-de-Bretagne, le territoire de Guerlédan est devenu un point d'accueil et de raccordement pour les projets d'énergies renouvelables. Depuis, plusieurs projets éoliens ont émergé sur la commune, faisant de l'énergie un enjeu structurant du territoire.
Éric Le Boudec, maire de Guerlédan, a ainsi été directement impliqué dans l'accompagnement de ces projets. Dès 2016-2017, la commune a identifié plusieurs zones susceptibles d'accueillir des éoliennes et signé des conventions avec les porteurs de projets.
Josette Coz, de son côté, était alors adjointe au sein de la municipalité et a été confrontée à la controverse dans sa dimension humaine et citoyenne. Tous deux ont été amenés à dialoguer avec les habitants et les membres d’une association locale opposée aux projets éoliens.
Ils se sont donc retrouvés à une place particulière dans l’écosystème des énergies renouvelables : celle où les objectifs de transition rencontrent les réalités du quotidien et les perceptions des habitants.
Quand la contestation transforme le quotidien des élus
Dans leur commune, la controverse s'est notamment cristallisée autour d'un projet éolien qui, initialement prévu pour être mis en service en 2022, a été retardé par une succession de recours. En 2026, sa construction doit finalement débuter.
Pour Éric Le Boudec, cette temporalité traduit concrètement la manière dont une controverse peut s’inscrire dans l’agenda de l’action publique. Durant les différentes étapes administratives et les recours engagés autour du projet, les élus ont été amenés à suivre son évolution, répondre aux sollicitations des différentes parties prenantes et à prendre en compte les points de vue exprimés.
Mais la contestation ne se résume pas nécessairement à un rejet des énergies renouvelables. Les échanges avec certains opposants ont au contraire fait apparaître une diversité de positions, de la distinction entre l'adhésion au principe de l'énergie éolienne et les interrogations ou réserves concernant l’implantation d’éoliennes à proximité de chez soi.
On n'est pas contre l'éolien, mais pas devant chez soi
La dimension paysagère occupe ainsi une place importante dans les débats. Pour certains riverains, c'est avant tout la visibilité des éoliennes qui pose problème. Une opposition que les élus cherchent à replacer dans une réflexion plus large sur le modèle énergétique du territoire, qui accueille déjà de l'hydroélectricité et du solaire.
Dans ce contexte, les élus ont pu rencontrer des personnes opposées au projet lors de forums ou sur le marché. Pour Éric Le Boudec, le principal lieu du débat reste toutefois le conseil municipal, instance où les décisions doivent être discutées et assumées collectivement.
Une manière de rappeler que la controverse fait partie du fonctionnement démocratique local et que, lorsqu'une décision est contestée, elle peut aussi être remise en jeu par le vote.
Des ateliers pour croiser les regards et dépasser les oppositions
C'est dans ce contexte que les ateliers proposés par Sciences Po Rennes et la DDTM des Côtes-d'Armor prennent tout leur sens pour les deux élus.
L'intérêt de la démarche réside d'abord dans la diversité des participants. Élus, services de la préfecture, chercheurs, enseignants-chercheurs et étudiants ont pu confronter leurs expériences et leurs points de vue. Pour Éric Le Boudec, la présence des services de l'État est particulièrement intéressante dans un contexte où de nombreux recours concernent précisément les décisions préfectorales.
Les échanges ont également permis de mettre en regard des choix territoriaux différents. Là où certaines collectivités choisissent de prendre directement part aux projets et à leur financement, d'autres peuvent privilégier d'autres modalités d'accompagnement. Des stratégies différentes, mais le même objectif de répondre à un besoin croissant d'électricité décarbonée.
Pour les deux élus, la participation des étudiants constitue également un apport précieux. Leurs interventions offrent un regard extérieur et permettent aux élus de mieux percevoir les attentes des générations qui seront amenées à prendre, demain, les décisions qui structurent les territoires.
En réunissant ces différents acteurs autour d'une même table, les ateliers permettent ainsi de déplacer le débat : au-delà du « pour ou contre » l'éolien, il s'agit de comprendre les ressorts des controverses, les arguments qui les nourrissent et les conditions permettant de faire vivre le débat démocratique.
Une approche qui rejoint l'ambition du programme Les énergies renouvelables à l'épreuve des territoires porté par la chaire TMAP, mieux comprendre les controverses locales pour éclairer la décision publique et accompagner les territoires dans leurs choix énergétiques.