La chaire TMAP de Sciences Po Rennes conduit un programme de recherche-action intitulé "Les énergies renouvelables à l’épreuve des territoires" en partenariat avec la Direction Départementale des Territoires et de la Mer des Côtes-d’Armor.
Ce cycle s’est ouvert le 18 mai 2026 à Loudéac, avec un premier atelier nommé « Quelle autonomie énergétique pour quelle gouvernance ? », réunissant élus, services de l’État, techniciens, acteurs associatifs, professionnels et chercheurs, pour comprendre comment naissent les désaccords autour des projets d’énergies renouvelables, permettant, parfois, de les dépasser.
Au cœur des échanges : les controverses rencontrées sur le terrain. Car un même projet d’énergie renouvelable peut être perçu différemment selon les acteurs, les temporalités et les contextes. Dans ce cadre, une série de portraits d’élues et d’élus propose de donner la parole à celles et ceux qui sont directement confrontés à ces controverses.
Une controverse est une situation de désaccord, de conflit ou de divergence qui oppose plusieurs acteurs autour d'un ou de plusieurs enjeux.
Pour les élus locaux, les controverses autour des énergies renouvelables ne relèvent plus de l'exception mais sont devenues une composante ordinaire de l'action publique. Entre impératif de décarbonation, attentes citoyennes et intérêts économiques, chaque projet oblige à trouver un équilibre. Xavier Hamon, maire de la commune de Le Quillio et président de Loudéac Communauté Bretagne Centre, et Sandra Le Nouvel, présidente de la communauté de communes du Kreiz-Breizh, adjointe aux finances de Bon-Repos-sur-Blavet et vice-présidente du pays du centre-ouest de Bretagne, en font régulièrement l'expérience. Leurs témoignages présentent les défis auxquels sont confrontés les territoires, mais aussi les leviers permettant de dépasser les oppositions. Deux regards complémentaires qui illustrent les travaux menés par la chaire TMAP de Sciences Po Rennes.
Deux élus, deux territoires, une même conviction : la transition énergétique se construit localement
Si leurs territoires présentent des réalités différentes, Xavier Hamon et Sandra Le Nouvel partagent un même constat : les controverses sont désormais au cœur de l'action publique locale. La transition énergétique ne peut ainsi se construire sans dialogue entre les différents acteurs du territoire.
À Loudéac Communauté Bretagne Centre, la production d'énergie renouvelable fait partie de l'identité du territoire. Avec un important parc éolien, l'intercommunalité produit déjà près de 38 % de l'énergie qu'elle consomme. Pour Xavier Hamon, le président, cette avance ne met pourtant pas fin aux tensions, bien au contraire. « Aujourd'hui, on arrive à une situation où l'acceptabilité n'est plus là », observe-t-il. À chaque nouveau projet, des collectifs d'opposition se constituent, interpellent les élus et alimentent un débat souvent polarisé. On entend facilement : oui aux énergies vertes, mais pas à côté de chez moi. » Pour le président de l'intercommunalité, la controverse s'invite donc directement dans le quotidien des élus. Elle impose d'expliquer les procédures, de rappeler le rôle respectif des communes et de l'État, mais aussi de rendre visibles les bénéfices collectifs des projets. « Il faut présenter tout l'écosystème », résume-t-il, convaincu que les retombées économiques pour le territoire demeurent encore insuffisamment comprises. Si Xavier Hamon insiste sur la nécessité d'expliquer les projets et leurs retombées, Sandra Le Nouvel met davantage l'accent sur la manière dont ils sont construits avec les territoires.
Sandra Le Nouvel préside quant à elle la communauté de communes du Kreiz-Breizh, où les compétences liées au développement économique, à l'urbanisme, à l'environnement et aux énergies occupent une place centrale. Élue locale depuis plusieurs mandats, elle défend une approche dans laquelle les transitions énergétiques s'articulent avec les enjeux sociaux, culturels et le développement territorial. La communauté de communes du Kreiz-Breizh choisit ainsi de participer directement aux projets qu'elle accompagne. Les développeurs sont invités à construire les projets avec la collectivité afin que les recettes générées puissent financer des politiques publiques locales. « La vraie controverse, c'est celle de l'intérêt collectif face à l'intérêt individuel », explique-t-elle. Les habitants n'en retirent pas un bénéfice direct, mais les revenus générés permettent de développer des services, des équipements ou des actions au bénéfice de toutes et tous. Cette redistribution devient, selon elle, une condition essentielle de l'acceptabilité sociale. Pour Sandra Le Nouvel, la question n’est donc pas seulement d’expliquer les projets, mais de transformer le modèle économique.
Cette approche illustre une volonté de dépasser la seule question de l'acceptabilité pour interroger la manière dont les projets peuvent être intégrés dans une stratégie plus globale de développement territorial.
Faire de la controverse un espace de dialogue et de réflexion collective
Si leurs approches diffèrent, les deux élus convergent sur un point : les controverses ne peuvent être résolues ni par la seule expertise technique, ni par des positions de principe. Elles nécessitent des espaces où élus, élues, chercheurs, chercheuses, services de l'État, entreprises, citoyens et citoyennes confrontent leurs points de vue.
C'est précisément ce qui distingue les ateliers proposés par Sciences Po Rennes. Xavier Hamon y voit l'occasion « d'amener du débat, un vrai débat », où chacun peut dépasser les postures pour réfléchir collectivement à l'intérêt général. Sandra Le Nouvel souligne, quant à elle, la richesse d'une approche pluridisciplinaire qui relie les transitions énergétiques aux enjeux sociaux et territoriaux. « Les transitions écologiques ne se feront que si elles s'accommodent de transitions sociales », rappelle-t-elle.
Au-delà des échanges entre acteurs, ces ateliers permettent également de mettre en perspective les expériences locales avec les apports de la recherche et d'autres regards professionnels. Les témoignages de Xavier Hamon et Sandra Le Nouvel illustrent ainsi l’ambition du programme Les énergies renouvelables à l’épreuve des territoires : documenter les controverses plutôt que chercher à les évacuer, afin de faire de la recherche un outil d’aide à la décision publique et de dialogue entre les acteurs des transitions.