cours quatrième année

Penser « 68 » : Les vies posthumes d’un évênement

Infos

Discipline : Science politique Sociologie
Nom de l’enseignant : Erik Neveu
Nombre d’heures : 22H - Semestre 1
Nature et forme de l’épreuve : CT - Oral ** -H
ECTS : / cursus international :
Code Erasmus :

Descriptif :

Ce cours se centre sur l'analyse des interprétations de mai 68 et des trajectoires de celles et ceux qu'on a pu nommer « soixante-huitards ».

Une première partie suit, depuis juillet 1968 à nos jours, la succession des productions (théoriques, culturelles, médiatiques) qui s'attachent à donner un sens à l’événement, à le juger. Un premier chapitre se fixe sur les années immédiates d’après mai pour souligner d'une part l’incertitude interprétative, la difficulté à faire sens de l’événement au delà de l'enthousiasme ou de l'antipathie qu'il suscite, mais aussi d’autre part l'émergence de thèmes comme la « génération », la « société post-industrielle ». Un second chapitre se fixe sur le processus de cristallisation d'une mémoire quasi officielle au confluent de trois topoï : Mai 68 comme prolifération idéologique potentiellement totalitaire (les nouveaux philosophes), Mai 68  comme ruse de la raison libérale venant moderniser un capitalisme français désuet, Mai 68 comme événement parisien-etudiant-gauchiste...la plus grande grève de l'Histoire , le volet ouvrier-syndical-régional devenant marginaux. Dans une logique d'histoire sociale des idées qui guide cette partie, il s'agit aussi d'expliquer pourquoi ce récit s'institue en narration principale des années 68. Un troisième chapitre souligne la repolitisation récente (2007-8) de mai 68 accusé d'avoir généralisé laxisme et relativisme. Il met aussi en lumière l’émergence d'une figure stigmatisé du « soixante-huitard » cynique et arriviste. Il questionne enfin l’investissement tardif des sciences sociales sur cet objet.

Une seconde partie propose l'esquisse d'une socio-histoire des années 68 et de ses acteurs. Un premier chapitre y revient sur la problématique de la génération. Ayant mis en évidence l'ampleur des changements morphologiques dans la société française d’après-guerre il souligne trois traits de la génération 68 : son émancipation partielle de la nécessite, son rapport ambivalent à l'école, sa « vocation d'hétérodoxie ». Un second chapitre se fixe sur l’expérience des militantismes dans les organisations des gauches radicales. Comment devient-on militant ? A quoi s’occupe t'on ? Quelle est l'économie des gratifications dans ces activités ? Qu'apprend t-on en militant ? En quoi ces organisations peuvent elles être oppressives ? Un ultime chapitre, mobilisant une enquête dans l'ouest français, suit les trajectoires de vie d'une série de 60 ex militants. L'enquête invite à révoquer les conclusions (ou du moins la portée « représentative ») de textes comme « Génération » de Hamon et Rotman. Les activistes ainsi pistés démentent tous les stéréotypes : origines populaires ou petites bourgeoises, peu de réussites sociales hors du commun ou de virages idéologiques à 180°, mais beaucoup d'expériences d'entrepreneurs de micro changements sociaux, de ré-engagements militants.

C'est au final à une réflexion sur le destin d'une génération, les conditions du changement social, l'institution de mythologies sociales et les conditions de triomphe de systèmes de croyances qui sont ainsi éclairées

Bibliographie :

B Gobille, Mai 68, Repères La Découverte, 2008.

Ph Artières & M Zancarini-Fournel, 68, Une histoire Collective (1962-1981), La Découverte, 2008.

D Dammame, B Gobille, F Matonti & B Pudal, Mai-Juin 1968, Editions de l'Atelier, 2008

L Passerini, Autoritratto di Gruppo, Giunti, Firenze, 1988/ Autobiography of a geneation, Wesleyan Univesity press, 1996

R Linhart, L'établi, Minuit, 1981.

Y Le Men, On est sérieux quant on a dix-sept ans, Flammarion, 1999.