cours quatrième année

La construction des problèmes publics

Infos

Discipline : Science politique
Nom de l’enseignant : Erik Neveu
Nombre d’heures : 24H - Semestre 1
Nature et forme de l’épreuve : CT - Ecrit 3H
ECTS : / cursus international : CC + CT oral 6 ECTS
Code Erasmus : U2EEH80U

Descriptif :

La sociologie des problèmes publics est née aux États- Unis, dès le début du XX° dans un moment où la sociologie naissante se pose, au cotés des philanthropes, en outil de solutions aux « problèmes sociaux ». Mais c’est davantage aux lendemains de la seconde guerre mondiale avec l’apport de l’Ecole de Chicago (Becker, Gusfield spécialement) que va émerger une réflexion sur les « Social Problems », pour évoquer le titre de la revue de référence. Quels dossiers et événements sont à un moment donné constitués en « problèmes » dont on parle dans les journaux, les débats sociaux, que prennent en charge des politiques publiques.

Le bon sens indique qu’on parle des problèmes parce qu’ils existent, dans un rapport approximatif de proportionnalité à leur importance. Il induit en erreur comme toujours (ou alors la presse ne devrait-elle pas dédier dix articles aux sort des chômeurs, cinq aux familles soutenant un handicapé pour un aux porteuses de burka… ?).

Ce cours s’emploiera à restituer la genèse de questionnements et de théories venues des États-Unis, puis de Grande Bretagne. Il tentera ensuite de répondre à une série de questions. Quels types d’acteurs et d’institutions (Haut fonctionnaires, think-tanks, intellectuels, mouvements sociaux…) sont les entrepreneurs de problèmes publics ? 

Comment sont « cadrés », définis, les problèmes publics De quels paramètres parler pour débattre du financement des retraites : du vieillissement de la population, du poids des retraités, de la productivité du travail, de la recomposition des bénéficiaires de la richesse nationale depuis vingt cinq ans ?

Peut-on identifier des rhétoriques, des régimes de justification qui donnent plus ou moins de chances à des problèmes publics d’être entendus… au nom de la vox populi, de la science, du caractère scandaleux ou bouleversant des faits évoqués ?

Comment mettre en récit les problèmes publics ?

Comment les problèmes publics qui pénètrent dans l’espace public sont-ils ensuite relayés (ou non) par des politiques publiques qui s’emploient à les traiter, à y porter remède ?

On pensera aussi à tout ce qui ne rentre pas dans un modèle de type séquentiel (promotion, traduction, popularisation, justification, mise en politique) : il est des problèmes mis en politique publique sans débat ni demande sociale, des souffrances sociales considérables qui peinent à être dites, ne trouvent pas de porte-paroles ou de langages, des questions débattues et jamais traitées par des politiques publiques, des politiques inefficaces parfois à dessein….

L’intérêt de ce cours peut être au moins triple:

• Il permet de connecter des enjeux et des débats qui sont souvent disjoints entre des disciplines éparses (analyse des politiques publiques, étude des groupes de pression, des rhétoriques argumentatives, sociologie des «intellectuels»).

• Il peut aussi revêtir un caractère vivant à partir de l’étude de dossiers proches ou chauds (affaires des voile(s) ‘islamique, cancers professionnels dus à l’amiante, risques du nucléaire ou des OGM, illettrisme, alcool au volant) réserver quelques surprises (quand la consommation de margarine donne lieu à une bataille législative !).

• Il devrait plus encore donner à ses auditeurs des moyens pour exercer une vigilance critique (devant les médias, mais aussi demain dans une réunion professionnelle) quant à la façon dont des problèmes sont définis, hiérarchisés, dont des enjeux « évidents » peuvent justifier un autre regard une fois analysée leur genèse, parfois leur fabrication.

Ce cours est accessible à tous les étudiants.

 

Bibliographie :

On peut suggérer à ceux ou celles qui n’ont jamais eu le moindre contact avec la sociologie de lire les quatre premiers et faciles chapitres de « Outsiders » d’Howard Becker (AM Metaillié, 1985).

Qui voudrait se faire une idée plus précise des travaux sur le sujet peut lire/feuilleter en français le livre d’Emmanuel Henry « Amiante, Un scandale improbable » (Presses Universitaires de Rennes, 2007), ou celui de Bernard Lahire sur « L’invention de l’Illettrisme » (La Découverte 2002), ou la traduction du livre de Joseph Gusfield « La culture des problèmes publics : L’alcool au volant : la production d’un ordre symbolique » (Economica 2009), celui de Sylvain Laurens sur l’immigration « Une politisation feutrée » (Belin, 2009) ou sous un volume plus compact et un ton plus engagé, celui de Pierre Tévanian « Le voile médiatique. Un faux débat l’affaire du voile islamique » (Liber-Raisons d’agir 2005).