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Marie-Anne T - Auditrice à la Cour des comptes

Témoignage - de l'IEP à la Cour des Comptes

Compléments de lectures

Centre de Préparation à l'ENA


De la cour d'honneur à la Cour des comptes, Marie-Anne T., 29 ans - Promotion 2001 - section service public répond à nos questions. Un témoignage riche d'enseignement pour les aspirants énarque.

Intégrer l'IEP de Rennes, comment cela s'est-il fait ?

Je suis bretonne et un pur produit de l'IEP de Rennes, puisque j'ai découvert la Cour d'honneur et les cloîtres en rentrant directement à l'IEP, en 1ère année (…). J'ai suivi le cursus, y compris l'année à l'étranger puisque que j'appartenais à la première promotion pour qui elle devenait obligatoire. Je suis allée en Allemagne, à Marburg, (…) et cette année a été une année extrêmement enrichissante.
Pour ma spécialisation, j'ai choisi la section service public et à la fin du cursus de l'IEP, j'ai été admise en Prép'ENA ici, et j'ai eu le concours. Je suis entrée à l'ENA en 2003, où là j'ai suivi le cursus de l'école. J'ai fait deux stages de 6 mois en préfecture à Bordeaux, puis en ambassade à Berlin. J'ai fait ma scolarité à Strasbourg, puis Paris. Nous étions quelques-uns uns d'IEP de Province, mais assez peu : deux de Bordeaux et trois de Rennes au sein de la promotion. Je dois dire que venir d'un IEP de région n'a pas du tout été un problème. C'est la période pendant laquelle je me suis fait mes meilleurs amis, vraiment, beaucoup venaient de l'IEP de Paris.

En termes de contenus pédagogiques, que vous a apporté votre parcours à l'IEP ?

Les connaissances élémentaires et indispensables qu'il fallait avoir pour préparer les concours administratifs et notamment les concours comme l'ENA qui sont généralistes et touchent à énormément de matières. Et je pense que très honnêtement, après avoir enseigné auprès d'étudiants en Université, que c'est vraiment la formation la plus adaptée à la préparation de ces concours. C'est la seule formation qui offre des enseignements à la fois en droit, en économie, et qui nous permette de nous donner une culture générale très importante. (…) J'ai apprécié la qualité des enseignements, leur diversité. J'ai également apprécié qu'au fur et à mesure du cursus, nous puissions bénéficier des enseignements à la fois de professeurs des universités qui nous apportent des raisonnements plus théoriques et nécessaires, mais également de professionnels qui peuvent apporter une vision plus opérationnelle et complémentaire. Cette diversité est assez précieuse et enrichissante, même s'il n'y a pas lieu de la généraliser, notamment au début du cursus.

Peut-on parler d'un style ou d'un apport spécifique de votre formation à Rennes ?

Ce que m'a apporté l'IEP de Rennes, ce sont d'une part des conditions d'études et de préparation au concours extrêmement sereines, très calmes et très favorables, qui nous éloignent un peu du stress qu'on peut avoir dans la préparation parisienne… J'ai vraiment ressenti que par rapport aux parisiens nos conditions sont nettement meilleures, surtout quand on passe le concours à l'écrit. Et puis, je le dis sans langue de bois, nous tirons du style de formation rennais une certaine simplicité dans les comportements. Or, contrairement à certains préjugés, elle est en fait très appréciée dans les milieux administratifs les plus prestigieux. J'ai eu de très bonnes notes de stages en préfecture et même en ambassade. Je sais qu'on y appréciait aussi la franchise du comportement, la rigueur et la simplicité. Sans parler de conditionnement, je crois que mes années rennaises ont encouragé ce genre d'attitude.

Rétrospectivement vous auriez des critiques sur cette formation ?

 

Pour être très franche, peut-être ce contact avec le milieu professionnel dont je viens de parler. Je l'ai apprécié, mais j'insisterais sur l'importance de faire intervenir au maximum des professionnels. Ce contact est plus qu'essentiel et on peut sans doute le consolider dans la séquence finale de la formation.

Faire l'ENA, c'était un cap ou un rêve que vous aviez dès la terminale  ?

Pour être très franche - je ne devrais peut-être pas le dire car ce n'est pas le message que je veux faire passer aux étudiants de l'IEP - mais je n'y pensais pas vraiment. Je savais que j'étais bonne élève mais je pensais que c'était un peu hors d'atteinte. Certes je voulais me destiner à la fonction publique, donc je n'ai pas eu d'hésitation à la fin de la 1ère année pour choisir la section « service public ». Là, mon goût pour les affaires sociales commençait déjà à s'esquisser, il y avait des concours comme ENSP ou  ENSSS qui pouvaient m'intéresser. Mais au fond même à la fin du cursus de l'IEP, en entrant en prép'ENA, ce n'était pas vraiment un objectif premier que d'avoir l'ENA. Il se trouve que j'ai progressé au cours de la prep'ENA. C'est une année intéressante, on apprend à  se connaître  psychologiquement et intellectuellement. C'est une année où l'on travaille beaucoup, mais dès lors qu'on a une curiosité innée pour les sujets qu'on traite, c'est passionnant, et c'est là que je me suis rendu compte que cela pouvait être possible. Ce qui était important, c'était de savoir que des anciens avaient déjà réussi. C'est extrêmement encourageant.  Ce qui m'a également aidé, c'est quand la directrice de l'École est venue à Rennes. On sentait vraiment sa volonté de recruter des étudiants de province. Cela montrait que l'objectif était accessible dès lors qu'on avait bien compris les critères de recrutement… et que l'on rendait de bonnes copies ! Il faut aussi démystifier un peu le concours et comprendre qu'il faut respecter des règles. Il ne faut donc pas se décourager mais croire que tout est possible quand on s'en donne les moyens.

Un souvenir fort dans votre parcours de formation ?

On débat souvent de la formation offerte à l'ENA. Et bien, à titre personnel, mon expérience la plus formatrice n'est pas à l'IEP, mais l'année de stage à l'ENA. Dès lors qu'on est reçu au mois de décembre,  on quitte un univers d'intense travail intellectuel et le monde étudiant pour plonger tout de suite pendant un an (deux fois six mois) dans des milieux administratifs. Une expérience en Ambassade, une autre en préfecture, donc des structures qui en plus ont des visions interministérielles et très transversales des actions de l'Etat . Et là, cela a été très enrichissant. Cela sur de multiples plans : intellectuel, celui des pratiques professionnelles, sociologique aussi puisqu'on découvre un milieu dont on avait une vision, non pas naïve, mais un petit peu éthérée. Après une prep'ENA qui m'avait énormément apporté, cette année là fut aussi riche de découvertes majeures.

Vous sortez de l'ENA dans un bon rang et êtes la première des anciens de l'IEP à intégrer les grands corps. Aujourd'hui, vous êtes à la Cour des comptes, en quoi consiste votre activité ?

Je suis auditrice, c'est le grade que l'on donne aux jeunes enarques qui rentrent à la Cour, et qui le gardent les trois premières années. Il y a sept chambres à la Cour, qui s'occupent chacune d'un domaine d'activité. J'ai choisi une des deux chambres sociales, plus précisément celle qui s'occupe notamment du ministère de la santé, des comptes sociaux en général, de la sécurité sociale. J'ai donc retrouvé un peu mon domaine de prédilection, et c'est passionnant. Certes, la Cour des comptes est un grand corps, ce qui veut dire qu'on n'a pas vocation à y rester forcément tout le temps. Je relèverais toujours de ce corps, mais dans deux ans, je pourrais partir à l'extérieur et occuper des fonctions non plus de contrôle mais plus opérationnelles soit au sein d'un ministère, soit d'un établissement public. Pour l'instant, je suis toujours intéressée par le domaine de la santé et les affaires sociales. Et pour en revenir à mon origine d'IEP de province, quand je suis arrivée à la Cour des comptes, mes aînés m'ont volontiers rappelé que Philippe Séguin, qui est le premier président de la Cour, est lui-même ancien élève de l'IEP d'Aix-en-Provence.

Si vous pouviez donner un conseil aux étudiants qui vont entrer à l'IEP vous leur diriez quoi ?

 

De profiter de la scolarité qui leur est offerte. D'avoir conscience des avantages que leur offre cette scolarité par rapport au système classique universitaire. Je leur dirais aussi d'être fiers d'entrer dans cet établissement et d'être à la hauteur de l'exigence qu'on attend d'eux. A plus long terme de croire que tout est possible dès lors qu'on s'en donne les moyens. Profiter et exploiter les atouts qu'offre l'IEP pour réussir et mener à bien leurs projets.

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